olivierpicard a écrit :
Ravi d'avoir cette discussion avec toi, Captain !
Moi de même !
olivierpicard a écrit :
On n'est pas obligé de satisfaire toute la demande en cas de gros succès, il n'a jamais été interdit de refuser des clients, la preuve c'est ce que je fais assez couramment.

Cela laisse la place à d'autres ! Il suffit d'un assez petit nombre de fidèles pour assurer la survie d'une installation telle que je la propose.
Attention, y'a client et client... si c'est genre une médaille à un concours, c'est plus les cavistes qui vont t'assièger, et c'est assez facile de refuser. Mais dans des plans genre exposition médiatique soudaine, et que la brasserie fait de la vente directe... là, ce sont des particuliers qui débarquent d'un coup en bien plus grand nombre qu'auparavant, et te dévalisent.
Honnêtement, là, tu fais quoi ?
Tu les envoies ch*er sur le mode "non, on vous vend rien, les fidèles d'abord ?"
olivierpicard a écrit :Pour le problème de la croissance, la brasserie n'est pas différente de n'importe quelle entreprise industrielle: des fonds propres généralement insuffisants, les apports en capital ou en compte courant, etc...
Si la boîte se met en "difficulté", c'est parce que le dirigeant n'a pas anticipé, ou que ses ambitions dépassent ses capacités, de lui même ou de ses actionnaires. Il faut alors soit changer la boîte, soit changer le dirigeant. Ce qui arrive souvent une fois passées les premières années de forte croissance !
Ben justement, anticiper, c'est comme je le disais sur mon premier message, planifier en termes de pics de consommation, pas en conso lissée, et en termes 'évolutivité des locaux et de l'installation... ce qui signifie la prévoir assez grande au départ. CQFD
Ensuite, les ambitions, c'est pour les gens qui font ça par passion de la bière plutôt que par opportunisme ou par calcul, c'est généralement purement local. Pas l'intention de jouer les maîtres du monde...
Mais ceux qui font ça par passion sont justement souvent ceux qui vont nous sortir de bons produits, innovateurs, typés, avec un caractère, une identité propre, donc qui vont se faire une réputation au-delà de la région de production, et déborder du cadre prévu à l'origine... Et ça, franchement, c'est pas quelque chose que tu calcules ou que tu planifies au départ, le fait que ta bière vacartonner sur un bouche-à-oreille.
olivierpicard a écrit :Pourquoi s'est il épuisé ? Pourquoi n'a t'il pas pu investir dans une install plus importante ? Pas de soutien financier ? Pas de dossier ? Pas de vrai projet pour convaincre ? Ou simplement pas d'offre matérielle adaptée pour aller plus loin à un coût compétitif ? Ce sont là les vraies questions. Encore une fois ce n'est pas propre à la brasserie, c'est valable pour n'importe quelle entreprise. Et cela rejoint ce que je disais plus haut : le dirigeant doit être changé quand il ne peut plus assumer la croissance de sa propre boîte, sauf...bon je ne vais pas répéter !
Tu te places purement d'un point de vue entrepreneuriel, là...
Je soulèverais juste un "détail": que les brasseurs sont des êtres humains, avec une vie personnelle, familiale, privée etc. et que des conditions de travail d'une pénibilité en principe gérable peuvent d'un coup ne plus l'être, parce qu'il y a accumulation de facteurs extra-professionnels par-dessus l'aspect professionnel...
Choisir de changer de métier pour passer brasseur pro, c'est devoir regarder en face que 10 ou 15 ans plus tard, on risque d'encore être dedans... et que, quels que soient les objectifs et les besoins énoncés au départ dans le business plan, la situation personnelle et privée du brasseur peut avoir radicalement changé, et pas qu'une fois, dans ce laps de temps...
En outre,ne pas pouvoir investir dans une instllation plus importante, c'est poser la question du bailleur de fonds... la chose a l'air un tout petit peu plus facile en France, mais en Suisse, demander un financement d'une banque pour démarrerune brasserie, c'est comme dans l'HoReCa, par défaut c'est non.
Le seul que je connaisse qui ait pu le faire en Suisse, c'est parce qu'il avait une part dans une entreprise qui tournait déjà, et a pu goupiller un truc avec la même banque...
Donc lancement de micro, ou même agrandissement d'une affaire qui tourne déjà , c'est malheureusement, la plupart du temps, sur des bases trop serrées côté financier, et donc à coups de matériel d'occasion et de bricolages plutôt que du neuf. Donc on travaille sur le fil au niveau pénibilité... docn prévir uen capacité suffisante sur les cuves de brassage pour ne pas devoir multiplier les brassins, c'est une mesure simpel parmi d'autres pour limiter la casse sur le plan humain.
olivierpicard a écrit :
Captain a écrit :
Certes, sur le papier, y'a du potentiel, mais ça signifie quand même que le brasseur fonctionne en solo et est soumis à l'usure inhérente à ce genre de situation. Là aussi, c'est plus sur la base de constats empirirques sur des situations réelles que je parle, mais les brasseries où travaillent au moins deux personnes (même si c'est dans une séparation brassage vs. commercial) ont à mon humble avis des brasseurs dont le regard sent moins l'épuisement et le doute après quelques années...
A voir...
C'est tout vu, et malheureusement trop vu...
olivierpicard a écrit :
En effet, certains ibueurs veulent pousser le bouchon...Je doute quand même sur l'impact commercial en dehors d'un petit nombre d'initiés.
Portant la co-responsabilité d'un petit monstre à 110 IBU qui passe très bien même auprès de personnes rétives à l'amertume, je te dirais que l'IBU est une chose, mais que l'enjeu est ailleurs... pour s'en rendre compte, c'est souvent plus simple de passer par quelques échantillons (genre au off à St Nic' y'a eu quelques révélations là-dessus, des changements radicaux de perception des choses...)
Le problème est de construire ta bière correctement. Et de construire ton houblonnage, et en fonction du reste. Au-delà de 60 ou 80 IBU, ça sert en principe plsu à rien de continuer à charger, c'est juste très amer, la perception fait un plateau...
Sauf que c'est la perception d el'amertume, et tu peux encore faire une sacrée différence en poussant le curseur de ton houblonnage pour limiter l'impact en amertume et gonfler l'impact en aromatique, donc houblonnage en continue, fin d'ébu, whirlpoop, hopback, hoblonnage à cru... ça fait un bout de temps que certaines brasseries nord-américaines l'ont compris (Russian River avec leur Pliny the Elder étant une des plus notoires), certains Scandinaves, Danois en particulier, sont pas loin derrière... et en France ou en Suisse on a quelques micro-brasseurs qui ont pris le pli et sortent des trucs qui font peur sur le papier mais qui cartonnent même avec un public profane...
Au derneir mondial de Strasbourg, Jacek était tout surpris que la Red Fox soit la bière qui cartonne, alor qu'à priori c'est la moins "facile"...
ça m'a pas surpris, perso... ce genre de plan, c'est pas la première fois que je le voyais, et de loin.
Par exemple le carton en termes de ventes de l'India Pale Ale de Trois Dames, de ce côté-ci du Jura, malgré un 65 IBU et une amertume qui claque bien en finale, est bel et bien dû au fait que tout un public potentiel, souvent féminin d'ailleurs, redécouvre l'amertume, sous forme d'amertume aromatique, et adore ça !...
Pareil en Belgique, où la Brasserie d ela Senne s'est taillés sur Bruxelles une belle réputation et des tonnages pas négligeable avec la Taras Boulba et la Zinnebir, qui sont poussées sur le houblonnage aromatique... la Taras Boulba, avec ses 4,5%, aurait d'ailleurs trouvé les faveurs de pas mal de buveuses...
Bref, croire que les bière plus houblonnées touchera uniquement un public de spécialistes, c'est AMHA se fourrer le doigt dans l'oeil profond... au contraire, c'est se donner l'occasion d'aller chercher un public qui paraît-il n'aime pas la bière, en bousculant l'image négative de l'amertume qu'il a. Mais faut savoir comment on va construire sa bombahoublon...
Enfin, comme on dit au Front Hexagonal de Libièration: Libièrez-vous !
Toutes les opinions se valent, mais certaines ont un budget marketing annuel de 100 millions d'Euros derrière elles. (Tim Webb)