Bien que je ne sois pas chimiste, j'ai essayé de m'expliquer en quoi le niveau de remplissage des bouteilles influençait (ou n'influençait pas) le niveau de carbonation et le risque d'explosion des bouteilles.
Des raisonnements que j'ai pu tenir j'en suis arrivé à la conclusion qu'il fallait certes un peu d'espace libre (1 cm de haut environ) mais qu'il n'y avait guère d'intérêt à aller au-delà de 2 cm sans pour autant que cela ne soit dramatique.
Je vous soumets mon raisonnement pour discussion si besoin.
Je me suis appuyé sur deux sources
- cet article de Brew Your Own : https://byo.com/article/master-the-action-carbonation/
- cette étude : https://www.researchgate.net/publicatio ... ty_in_Beer
Me préoccupant de savoir comment les bouteilles allaient se comporter jusqu'à 40°C, j'ai eu recours à l'étude citée plus haut en utilisant la formule 4a donnée par Holle.Petit rappel: le niveau de carbonation est exprimé en volumes. Ici le nombre de volumes est donné par le volume qu'aurait le CO2 dissout dans la bière à la pression atmosphérique et T=°C (CNTP) divisé par le volume de la bière contenant ce CO2.
Sur la figure ci-dessous les courbes sont celles données par la formule et les deux courbes en pointillés, celles données par l'article de BY0.
Hypothèses de baseOn voit qu'il n'y a pas de différences majeures entre les courbes données par les deux sources en dessous de 14°C.
La ligne verticale en bleu marque la limite de pression acceptable par les bouteilles (3 bars environ)
- diamètre moyen du col de la bouteille: 2cm
- volumes de CO2 résiduels dans la bière en fin de fermentation : 0.8 volumes
- le gaz est constitué uniquement de CO2
- masse molaire de glucose 180 g
- le sucre utilisé est du glucose
Volume accepté par le headspace
Nous calculons ici la quantité de CO2 que contient le headspace pour une pression donnée P et une température donnée T
Soit v le volume du headspace.
Pour une pression P et à T0=°C cet espace contient un volume de gaz tel que:
Pa * V = P v (Pa pression atmosphérique et V volume qu'aurait le gaz s'il était ramené à Pa et To )
soit V = v P /Pa
Pour la même pression mais à température T ce volume sera
V = ( v P / Pa ) ( ( 273.15 ) / 273.15 + T )
Pour une pression donnée la même masse de CO2 prend en effet plus de place à T >T0 donc le headspace en contiendra moins.
Volume produit par la fermentation du sucre (glucose)
Nous considérons ici que nous utilisons du glucose pur. Pour d'autres sucres il faudra adapter
Une mole de sucre (180 g) fournit 2 moles de CO2 soit 44.8 litres dans les CNTP (0°C, 14.69 psi)
Si m est la masse de sucre par litre, les levures fabriquent une quantité de CO2 égale à
(m/180) x 2 x 22400cm3 par litre, soit m/180/3 x 22400 cm3 par bouteille dans les CNTP
Pour ramener en volumes dissouts, il faut encore diviser par le volume de la bouteille
On a donc
m / 180 / 3 x 22400 / 330
Exemple: à 6 g de sucre par litre
6 / 180 93 x 2 x 22400 /330 =1.508 volumes
Volume total de CO2 dans la bouteille
Le volume total de CO3 est égale à la somme du volume produit par les levures et du volume résiduel après fermentation.
Avec nos hypothèses:
Vtotal = Vrésiduel + (m / 180 / 3 x 22400 / 330)
Avec l'exemple des 6 g du sucre
Vtotal = 1.508 vols + 0.8 vols = 2.308 volumes
Point d'équilibre
Pour que les choses s'équilibrent, le volume total de gaz de la bouteille se répartit entre headspace et bière.
On aura Vheadspace + V dissout = Vtotal
Une autre façon d'obtenir Vdissout est : Vtotal - Vheadspace (courbe quasi horizontale sur la figure).
Le seul point qui satisfasse les deux approches est à l'intersection des courbes .
Les figures suivantes présentent différentes situations en fonction du volume du headspace (hauteur ici) et de la quantité de sucre.
Sur cette courbe, on voit que pour une quantité faible de sucre (4.3 g/l) et un headspac de 0.5 cm le niveau de carbonation s'établit autour de 1.9 volumes.
On voit aussi que même à 40°C (en imaginant que votre bière est expédiée par la poste en plein été), la pression dans la bouteille ne dépassera pas 30 psi (environ 2 bars).
On voit également que le niveau de carbonation varie peu avec la température.
Sur cette courbe, pour 4.3 g/l de sucre et 2 cm de headspace, la carbonation s'établit aux environ de 1.85 volumes soit un peu en dessous de la valeur pour un headspace de 0.5 cm. La variation demeure néanmoins faible dans les températures de conservation de la bière.
Il n'y a pas non plus de risque de surpression à 40 °C. Sur cette courbe (6.4 g/l de sucre et 0.5 cm de headspace) la carbonation s'établit à 2.4 volumes et varie assez peu avec la température.
Par contre nous sommes en limite de pression acceptable à 40 °C.
Sur cette courbe (6.4 g de sucre par litre et un headspace de 2 cm) on voit que la carbonation s'établit toujours autour de 2.4 volumes et que nous avons gagné un peu de marge de surpression à 40 °C.
On voit aussi que l'augmentation du headspace (comme pour 4.3 g/l de sucre) fait chuter la carbonation dans les températures élevées (qui ne sont pas celles de consommation).
Rien de bien nouveau sur cette courbe .
Ici on voit que pour 8g/l et 2 cm de headspace on obtient un niveau de carbonation de 2.8 volumes mais que la limite de température admissible pour éviter l'explosion est de l'ordre de 30 °C seulement.
Pour finir la limite de carbonation si on veut pouvoir laisser les bouteilles à 20 °C sans risque.
Conclusions
S'agissant ici de lois empiriques et sujettes à controverse, on se gardera de prendre les calculs présentés comme des vérités absolues.
Néanmoins, on peut penser que le volume du headspace a peu d'influence sur le niveau de carbonation aux températures de conservation et de consommation de la bière.
Par ailleurs, on ne saurait ramener ce volume à zéro. En effet le problème ne viendrait pas forcément du CO2 tant que le niveau de carbonation et la température d'exposition restent raisonnables, mais tout simplement de la dilatation de la bière elle-même qui est d'environ 0.5 % / 10 °C. En effet la bière n'est pas compressible et même pour une dilatation minime, elle doit trouver l'espace.
Dans le cas d'une élévation de 10 °C on aurait 330 cm3 x 0.5 /100 = 1.65 cm3 soit environ 0.5 cm de hauteur pour un goulot de 2 cm de diamètre intérieur.
Ce qui veut aussi dire que si la bière doit voyager en été (40°C) il faut prendre une marge de 1 cm minimum.
Le fichier LibreOffice Calc (.ods) vous permettant de jouer avec les paramètres est fourni en pièce jointe (CarbonationCurves.ods). Pour éviter les maladresses ce fichier est protégé mais sans mot de passe.
Avertissement: sur les exemples montrés, la courbe Vtotal - Vheadspace (quasi horizontale) est erronée. En effet lors de leur création, l'influence de la température était inversée (273.15 +T) /273.15 au lieu de 273.15 /(273.15+T).
Le fichier .ods a été corrigé mais pas les figures qu'il m'aurait fallu recharger.
Vous verrez néanmoins que l'influence de ce facteur est négligeable aux températures de consommation et de conservation de la bière.
