Le gingembre est un grand classique de l'aromatisation des bières artisanales, et on en retrouve dans de nombreuses recettes partagées sur le forum. Bières de noël, diverses ales, witbier, etc. Je vais mettre plusieurs liens ci-dessous, je vous laisse compléter la liste si ça vous tente.
Au niveau gustatif, mon expérience m'a montré que le gingembre ajouté à chaud (pendant l'ébullition, ou un peu après, autour de 70°) perd son goût de gingembre "frais" (celui que l'on retrouve dans un jus de gingembre ou une ginger beer). C'est la façon la plus facile d'utiliser le gingembre, sans prendre trop de risques niveau infection, et cela peut donner des résultats intéressants, un goût de gingembre "cuit" qui se marie bien avec des bières un peu corpulentes, et / ou avec certains houblons.
Il semble cependant que la perte du côté piquant du gingembre ne soit pas du au fait de l'ajouter à chaud (puisqu'au contraire, faire bouillir du gingembre permet d'extraire rapidement ce côté piquant), mais plutôt à des biotransformations survenant pendant la fermentation primaire. C'est évoqué ici par Kapsul :
viewtopic.php?t=40054&hilit=gingembre+piquant&start=90
Une autre expérience ici (Zepimousse) :
viewtopic.php?t=35802&hilit=gingembre+piquant&start=270
Ou encore ici :
viewtopic.php?t=39301
Tout le monde s'accorde sur le fait que le côté piquant du gingembre disparaît avec la fermentation. La question est pourquoi ? Ou comment ?
Quels composés aromatiques sont modifiés par : le mélange dans un liquide ? l’interaction avec les autres composés aromatiques de la bière (provenant du malt et du houblons notamment) ? la chaleur ? les différentes sortes de fermentation ? les différentes souches de levures ? la longue conservation dans la bière ?
J'ai pour ma part remarqué que dans les bières au gingembre vieillies (1 an ou 2), ce gôut de gingembre "cuit" laisse sa place à quelque chose de plus "frais" (sans que ça soit aussi frais qu'un jus de gingembre vraiment frais). Mais c'est peut-être du simplement au fait que d'autres composés aromatiques de la bière (houblon notamment) se sont un peu effacés (même sensation avec certaines bières aux fruits).
La page Wikipédia consacrée au gingembre nous apprend que "la concentration de gingérol – constituant majeur du gingembre frais – est plus faible dans le gingembre séché, tandis que la concentration en shogaol augmente".
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gingembre
C'est sans doute un point à creuser.
Ici quelqu'un semble s'être penché sérieusement sur le sujet :
https://dial.uclouvain.be/memoire/ucl/f ... is%3A17275
Malheureusement nous n'avons accès qu'au résumé de son travail. Je copie ici cette présentation car elle me semble malgré tout assez instructive :
Qu’apporte le gingembre à la bière en termes de molécules aromatiques et de molécules piquantes ? Cette question est au cœur de la problématique étudiée dans ce mémoire : permettre par l’ajout de gingembre, la création d’une bière sans alcool aux arômes originaux, tout en gardant la sensation chaude en bouche d’une bière alcoolisée. L’état de l’art sur le système trigéminal, sur les molécules et les matrices piquantes ainsi que sur la composition du gingembre, a permis de diriger et d’adapter les différentes procédures expérimentales utilisées lors de cette étude. Il a été trouvé dans le gingembre frais utilisé 78 molécules aromatiques, dont 64 terpénoïdes, des composés souvent odorants aux notes fruités, florales et herbacées. Par contre, aucun thiol polyfonctionnel n’a pu y être retrouvé. Les molécules piquantes quantifiées dans ce gingembre ont été les 6-, 8- et 10-gingérols. Son ajout au moment du dry hopping permet, dans le cas d’une bière fermentée, un apport significatif de linalol, résultant de la biotransformation du géranial. Une belle synergie du gingembre avec d’autres terpénoïdes du houblon peut ensuite en découler. C’est par contre logiquement le géranial intact qui sera retrouvé majoritairement dans une bière produite par cold contact. L’ajout de gingembre en grande quantité, en particulier à l’ébullition, a montré ses limites car une fois oxydés, les polyphénols du gingembre sont à même de piéger les thiols polyfonctionnels de variétés « dual » de houblons. Pour cette raison, un « dry gingering » sera préféré pour ce type de bière. Au niveau des molécules responsables de la pseudo-chaleur, nous avons retrouvé les 6-, 8-, 10-gingérols à raison de 1,15, 0,36 et 0,04 ppm dans une bière avec 133 g/hL de gingembre ajouté à l’ébullition. Pourtant, l’ajout de gingembre à l’ébullition a pour effet de réduire la teneur en polyphénols totaux de la bière, suite probablement à une amélioration de la cassure à chaud.
Quelqu'un a une idée de ce que c'est qu'une bière "produite par cold contact" ?
Quelqu'un sait décrypter cette phrase : "L’ajout de gingembre en grande quantité, en particulier à l’ébullition, a montré ses limites car une fois oxydés, les polyphénols du gingembre sont à même de piéger les thiols polyfonctionnels de variétés « dual » de houblons." ?
Et celle-ci : " l’ajout de gingembre à l’ébullition a pour effet de réduire la teneur en polyphénols totaux de la bière, suite probablement à une amélioration de la cassure à chaud." ?
Vous avez déjà fait des expériences de "dry gingering" (Kapsul semblait dire que oui dans le post cité plus haut) ? Et ça donne quoi dans le temps ?
Si vous avez d'autres infos, des expériences à partager, n'hésitez pas


