Le mois dernier, j'ai eu la chance d'aller à la fête de la bière de Stuttgart avec une bande de potes. Ayant un passif de rédacteur/rédacteur en chef sur un site de jeux-vidéo, je comptais momentanément me replonger dans le bain de l'écriture pour proposer un article sur le sujet auprès d'un site internet à tendance humoristico-trash. Les choses ne s'étant pas déroulées comme prévue, le texte ayant été écrit et me disant que ce serait ballot de gâcher, je me suis dit que je pouvais vous faire partager mon expérience en ces lieux.
Je suis conscient que certains propos pourront sans doute me faire passer pour un gros c*n*a*d et sont basés sur des goûts personnels, mais le texte a été rédigé dans l'idée de coller à l'esprit du site où il devait être publier. Il n'empêche que les événements évoqués sont basés sur des faits réels.
En espérant que ça vous plaise quand même malgré le pavé que cela représente. En même temps c'est le week-end là hein... ^^
Comme chacun le sait, tout ado à la peau grasse pratiquant le noble art du caps a un but ultime dans sa vie : aller à la fête de la bière de Munich, plus connue sous le nom d’Oktoberfest. C’est en ces lieux ô combien fantasques pour le commun des mortels qu’il s’y enquillera moult litres de binouze cradingue pour ainsi affirmer la prétendue supériorité de taille de son chibre qui, concrètement, lui sert davantage à faire pissou qu’à ramoner cordialement la fille de ses rêves (ou la première venue qui est d’accord). C’est comme ça, c’est la vie. Mais savez-vous qu’au même moment se déroule une autre fête de la bière à grande échelle dans la fière patrie de Horst Tappert ? Ouaip, il se trouve que ça se passe à Stuttgart, que j’ai pu y aller, et que je vais même vous raconter si c’est bien ou non. Ouaip.
PS : étant de race alsacienne (coucou Nadine), certains propos ou us et coutumes relatés sur cette page de l’intarweb sont susceptibles de paraître saugrenus pour les français “de l’intérieur”. Schmutz à eux.
Groland VS Wonderland
Tout d’abord, il faut savoir qu’il existe également des fêtes de la bière en France depuis de nombreuses années, et notamment en Alsace (oui l’Alsace est en France sombre connard…). Là je pense par exemple à celle de Schiltigheim qui est considérée comme étant assez volumineuse. J’ai d’ailleurs pu l’expérimenter pour la première fois l’été dernier… et là ce fusse le drame. L’événement est majoritairement peuplé de vieux, de beaufs, d’une jeunesse désoeuvrée et de cas sociaux que l’on ne touche aucunement sans porter de gants sous peine de se pécho une maladie que l’on considérait comme étant éradiquée depuis le Moyen- ge. Vous ajoutez à cela des orchestres germaniques produisant de la musique du diable en salopette de velours kaki appelée “volksmusik” (ou plus communément “roumpapa”), et vous aurez la vague impression d’être dans un épisode d’American Horror Story Freakshow. True story bro.
Connaissant de quoi sont habituellement capables nos voisins barbares, il y avait donc moyen de partir on the road avec un bon quintal d’à priori. Pourtant il faut bien avouer qu’une fois sur place, la stupéfaction fût de mise : tandis que le cheveu blanc est une denrée rare, la jeunesse arborant la vingtaine est omniprésente en cette Cannstatter Volksfest (instant culture : le terme “Oktoberfest” semble être réservé à Munich). Allez savoir s’il s’agit de patriotisme, de respect des traditions ou de passion exacerbée pour le cosplay mais figurez-vous que 90% du public présent sur place est affublé du costume traditionnel. Ça peut surprendre/choquer, mais ça contribue beaucoup à l’ambiance générale. Mention spéciale à la gent féminine équipée de magnifiques décolletés qui font tomber amoureux à chaque coin de table (on ne cessera jamais de vanter les louanges des traditions ancestrâles, j’vous l’dis). De leurs côtés, les groupes de musique se relayent avec du vrai matos de zikos, là où de notre côté du Rhin les poseurs accompagnés de synthé Bontempi font tiep. Ça reste de la volkmusik douteuse pour “les gens normaux”, mais ils ont au moins le mérite de fédérer la populace et de pratiquer quelques reprises contemporaines aptes à foutre le dawa dans la joie et l’allégresse.
Guide de survie en milieu imbibé de houblon
Le popularité de ce genre d’événement étant difficilement imaginable pour nous autres franchouillards, je me dois de vous prodiguer quelques conseils basés sur du vécu si jamais l’idée de pratiquer la chose vous titille. Les traquenards sont nombreux, les erreurs sont potentiellement douloureuses, et en tant que survivant il est de mon devoir de vous tuyauter tel un Huggy des grands jours.
Pour commencer, l’idéal est bien entendu de dormir sur place, et ce pour au moins 2 raisons : bien se reposer avant le début des hostilités, et ensuite vomir dans un lit qui n’est pas le vôtre. Là où c’est chaud, c’est qu’il est déjà compliqué de trouver des chambres pour la cuvée 2016 de la fiesta qui est pourtant étalée sur une durée de 2 semaines. C’est fou, c’est dingue, c’est boche.
Ensuite, le must est de parvenir à se réserver une table dans l’une des 4 grosses baraques capables d’accueillir plus de 2000 personnes chacune, soit à 11h, soit à 17h. Au final ce n’est qu’un détail mais j’y reviendrais plus tard. Bref, dans un premier temps le plus important est d’arriver cash à l’ouverture, c’est à dire 10h. Le temps d’une heure vous aurez ainsi plusieurs tables rien que pour vous, avant que la masse ne vienne tout bourrer salement. Certains coeurs sensibles (pour ne pas dire “grosses fiotasses”) diront qu’il est peu aisé de boire 1L de bière aussi tôt le matin, mais là encore ce n’est qu’un détail. Si ça peut vous aider à faire passer la pils (jeu de mot à l’échelle internationale, tu peux pas test), vous pouvez vous commander des planchettes de charcuteries, poulets rôtis et autres plats dont les vertus consistent à bien tapisser le bidou.
Niveau pépettes, prévoyez ce qu’il faut de monnaie à l’avance. Cela vous évitera de faire la queue aux distributeurs de billets pendant que des mecs bourrés essayent de vous mettre un doigt dans l’oreille (voire plus si affinité). Comptez 9€ la “masse” (c’est comme ça qu’on appelle le gros verre de 1L), et 70 cents de consigne. Pour faire simple, vous aurez tendance à filer 10 balles aux serveurs, mais ne comptez pas trop voir la couleur de la monnaie supposée revenir dans votre poche. De ce que j’ai pu constater, être équipé d’une paire de nichons est susceptible de contrecarrer cette petite enculerie.
11 heures pétantes marque donc le début des hostilités avec ces immenses lieux de débauche qui sont vite pleins à craquer. D’où l’importance (j’insiste) de vraiment venir le plus tôt possible sous peine d’assister à la fête depuis l’extérieur en tête à tête avec les vigiles. Être à l’intérieur fait ainsi figure de première belle victoire. Pas de place assise ? Pas de panique, le secret consiste à repérer des proies prenant la forme de gens plus faibles que la meute locale. Genre des japonais. A partir de là, même en étant un groupe de 15 personnes vous parviendrez aisément à les gicler l’un après l’autre, petit à petit, et avec le sourire. Ou vous faites preuve d’un peu plus de patience, le temps que tout le monde soit beurré comme des Petit Lu, statut qui facilite grandement la solidarité et la franche camaraderie.
Cependant, soyez conscient que vous ne serez pas assis bien longtemps tant l’ambiance est survoltée. Rapidement; l’ensemble des soifards se retrouve debout sur les bancs en beuglant approximativement les paroles de ce que l’orchestre joue avec une ferveur d’anthologie. Pour votre défense, vous pourrez arguer que les musiciens sont également les complices de votre débauche. En effet, les vils coquins vous invitent cordialement à trinquer entre chaque morceau à coup de “Ein Prooooosit, ein Prooooosit, Gemüüüütlichkeit !” Ça chante, ça cri, ça rigole, de parfaits inconnus deviennent les meilleurs amis du monde, les choppes s’entrechoquent, il y a du verre qui casse, des serveurs au bord du nervous breakdown… c’est grave la fescht.
La légende veut qu’à la fête de la bière de Munich, tout le monde pisse confortablement assis sur sa chaise grâce à la magie de rigoles habilement creusées à même le sol. Mais point de cela dans le fief de Mercedes, ici il y a de véritables chiottes qui s’apparentent de loin à une foire aux bestiaux, mais qui ressemblent davantage à une partie de Snake du Nokia 3310 dans les faits. Bien que vous puissiez dire adieu au faible espace que vous aviez autrefois au niveau de votre raie du ionf tant le monde se presse pour se vider, l’ensemble s’avère plutôt bien organisé, propre, et respectable. Enfin sauf pour les pauvres dames pipi qui se font copieusement pogoter avec 3 malheureuses piécettes virevoltant dans leurs petites coupettes.
Voilà, il est approximativement 13h30, vous êtes sur le point d’entamer votre 4ème litre de fluide gazeux, vous en êtes à environ 5g de sang dans votre alcool,l’ambiance est folle, les photos deviennent de plus en plus floues et leurs contenus de plus en plus étranges (attention les mecs, vous n’êtes pas à l’abri d’échanger un coup de langue avec un camarade à couilles, juste pour le lol). Bref, c’est là que le danger rôde à chaque instant, et voici quelques exemples de points sur lesquels il faut être vigilant :
- Ne pas s’asseoir sur les rambardes. Les agents de sécurité ne manqueront pas de vous le rappeler en vous tapotant violemment dans le dos. Mais ne comprenant pas ce qu’il y a de badass en cette posture, vous n’en aurez rien à péter. Or il se trouve que sous l’euphorie du moment, vous n’êtes pas à l’abri de réaliser un magnifique backflip involontaire non-contrôlé mais néanmoins classieux. “Shit happens” comme on le dit si bien au Texas.
- Ne pas accuser un ami de ne pas supporter l’alcool. C’est le meilleur moyen pour finir avec un shampooing à la bière, ou un verre dont il ne reste plus que l’anse.
- Ne surtout pas s’assoupir, sous peine de se faire éjecter vers le monde extérieur en un temps record. Et tant pis si votre veste, votre argent et vos amis sont restés à l’intérieur, le gorille restera insensible à vos cris et SOS.
Ne pas énerverun agent de sécurité local sous prétexte qu’il ne veut pas vous laisser rentrer alors que vos affaires sont à l’intérieur. Cela finira irrémédiablement par une clé de bras maintenue sur une dizaine de mètres (et ça, ça fait mal tu vois).
- Éviter les manèges les plus extrêmes présents à la fête foraine attenante à la fête de la bière, sous peine de devenir un sprinkler à vomi sur pattes.
- Ne pas oublier de prévoir un point de ralliement en cas de perte de ses potos. Inutile de tergiverser, ça va obligatoirement arriver. Ah et oubliez toute tentative de communication téléphonique, c’est la mierda.
On r’met ça ?
Il faut se rendre à l’évidence : on ne peut pas aller qu’une seule fois à une fête de la bière allemande dans sa vie. Soit parce que la dose de fun atteint des sommets estomaboulants que l’on souhaite revivre volontiers, soit parce qu’on ne peut rester sur un échec et que l’on doit forcément faire mieux la prochaine fois. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas pour la bière que l’on y va. Non. Celle-ci n’est qu’un prétexte, un alibi favorisant une bonne sortie festive entre amis l’espace d’un week-end, et la convivialité interculturelle où nombre de nationalités se croisent les yeux dans le brouillard et la vessie au bord de l’implosion. En un mot comme en cent : la bière c’est la vie. Amen.




