Le nain brasseur a écrit :
En repensant au truc, je pense que ce que tu appelle goût "gras" c'est tout simplement la combinaison du corps et des résines de houblon, c'est sûr qu'il n'y a pas matière à la comparer avec une bière commerciale française.
Oui, dextrines, houblon (le houblonnage à cru amène souvent une présence supplémentaire) mais aussi - surtout ? - protéines... quand on met du blé ou du seigle, on donne de la corpulence, du "gras", parce qu'il y a plus de protéines dans le produit fini...
Je m'en suis rendu compte il y a deux ans en goûtant une combinaison entre moût de raisin blanc en fermentation et une blanche "grand cru" (à 7%) : la microflore du raisin avait réduit les sucres résiduels, c'était très sec, mais il restait une jolie corpulence, une impression de gras, justement parce qu'il y avait des protéines en suffisance pour ça, venant du blé.
*Apparemment* les malts nord-américains seraient aussi un des facteurs pour les IPA étasuniennes. Les malts à base d'orge à six rangs US seraient plus riches en protéines que les européens (à base d'orge à deux rangs). Les ajouts de riz ou de maïs dans les lager blondes US, apparus à la fin du XIXe auraient été motivés par ce surplus de protéines, qu'il fallait "diluer" pour obtenir des lagers limpides à basse température.
Mais par contrecoup, quand la culture collective des "craft brewers" étasuniens s'est construite à la fin des années 70 et dans les années 80, un des points par lesquels ces brasseurs se distinguaient étaient justement qu'ils brassaient pur malt, sans riz, sans maïs... donc avec une plus forte proportion de protéines, le léger trouble qui en résulte étant accepté par les clients sur un produit "artisanal".
C'est AMHA pour ça que les pale ales et IPAs étasuniennes sont nettement plus épaisses en bouche, à taux d'alcool égal, que les versions britanniques...
Toutes les opinions se valent, mais certaines ont un budget marketing annuel de 100 millions d'Euros derrière elles. (Tim Webb)