Parmi les gens qui s'intéressent à la bière, la proportion qui sont prêts à "se laisser bousculer", enfin, je dirais plutôt "qui dans les faits encaissent étonnament bien l'amertume" - du moment que le produit est construit de manière harmonieuse et que l'amertume est liée à un aromatique assez puissant - est étonnament élevée. A vue de nez de l'ordre des deux tiers, dont beaucoup de femmes.Jean-Luc a écrit : suis d'accord pour dire qu'une grande partie de la production des micros se cantonne à des bières "abordables", mais encore une fois, est ce que leurs clients sont prêts à se faire bousculer un peu ?
quid d'un retour d'expérience de microbrasseurs sur des bières à 60 IBU ?
Un des cas d''école que je connais bien est celui de l'India Pale Ale de la Brasserie Trois Dames (http://brasserietroisdames.ch/), qui, avec ses 6% d'alcool et ses 65 IBU n'est pas un produit "facile" à priori pour des palais non aguerris (qui sont légion en Suisse), à ceci près qu''il joue sur un registre d'agrumes et de fruits exotiques, et qu'il y a une bonne ossature maltée en soutien derrière pour équilibrer.
Au moment où il avait démarré pro, le brasseur, Raphaël Mettler, était parti dans l'idée de ne faire l'India Pale Ale que 2 ou 3 fois par an, et d'avoir son Ale / Extra Special Bitter, plus douce, et moins "dérangeante", a priori plus facile à vendre, dans sa gamme permanente.
Pourtant, moins d'un an plus tard, cette dernière était, en termes de ventes, écrasée par l'India Pale Ale... qui est donc passée dans la gamme permanente, alors que l'Ale a purement et simplement disparu au profit d'autre chose...
Et quand, en octobre dernier, au Mondial de Strasbourg, au stand de la Brasserie Matten, la Red Fox IPA partait comme des petits pains, alors qu'a priori, la blonde et la blanche auraient dû cartonner à sa place, j'ai trouvé la similarité très intéressante.
Mon interprétation est que le client ou la cliente qui fait le pas de boire une bière artisanale, donc accepte de la payer un peu plus cher, aura tendance à préfèrer un produit qui a un caractère plus tranché. Ce n'est pas la majorité de la clientèle globale, mais c'est bien plus qu'on le penserait au premier abord, et c'est suffisant pour rendre étonnamment viable la production de bières bien chargées en houblon.


